Covibadge, pour aider au déconfinement

Il est facile de réaliser dès maintenant un dispositif numérique permettant de mieux accompagner le déconfinement. Les citoyens acceptant d’afficher leur état sanitaire dûment authentifié peuvent contribuer à leur propre sécurité, à celle de leurs proches, et aider le pays à sortir de son anesthésie sans saturer le système de santé.

L’adresse présidentielle aux Français du 13 avril 2020 a fixé une nouvelle échéance de clôture du confinement. C’est aussi l’échéance d’un plan de déconfinement qui ne pourrait être le retour immédiat à la vie ordinaire. Le combat contre la pandémie de Covid-19 se fonde en effet sur l’acquisition d’immunité par la majorité de la population. Selon certains experts, compte tenu de la contagiosité du virus, il faudrait que 75% de nos concitoyens soient immunisés pour juguler définitivement la maladie. Et même dans ce cas, des mesures devraient être maintenues pour protéger nos concitoyens non immunisés les plus fragiles. Or, selon les sources, entre 1% et 15% de la population aurait aujourd’hui acquis l’immunité après un passage infectieux plus ou moins visible. C’est encore trop peu pour s’engager dans le déconfinement général. Mais dès maintenant ces 600 000 à 9 millions de personnes ont acquis le superpouvoir qui les prémunit contre une nouvelle attaque, et protège les autres contre une nouvelle contamination.

Pour faciliter notre combat quotidien, desserrer l’étau du confinement sans saturer notre système de santé, il nous faut identifier, de manière rapide et sûre, l’état sanitaire de chacun de nos concitoyens et le risque qu’il porte. Ainsi chacun de nous peut adapter son comportement. Chaque autorité politique, au niveau le plus local, peut prendre les directives adaptées à sa situation.

Les systèmes numériques de lutte contre le Covid-19 en service ou projetés permettent soit de faciliter le suivi médical des patients (Covidom, de l’APHP), soit de lutter contre la contamination (StopCovid), au prix de l’analyse des historiques de parcours individuel. Une application chinoise octroie une sorte de « certificat d’immunité », indispensable pour l’accès à certains lieux ou certaines activités. Le reproche essentiel fait à cette application est que les règles d’octroi de ce certificat ne sont pas transparentes.

Notre proposition est de permettre à chaque citoyen d’afficher ses informations médicales utiles à la lutte contre la pandémie, et seulement celles-là. Ce Covibadge sera certifié par une application garantie par le gouvernement ou par les collectivités locales qui l’adopteront. Le badge permet aux personnes rencontrant son porteur d’adapter un comportement adapté à l’état affiché. Dans le cadre d’un déconfinement qui ne pourra se faire que par étapes, les autorités nationales et locales pourront édicter des règles différenciées selon l’état sanitaire objectif des personnes. Les règles établies par catégories générales d’âge ne limitent pas suffisamment le risque. On a vu des personnes dans la force de l’âge occuper les services de réanimation, et même une très jeune fille décéder des suites du Covid-19. Et par ailleurs ces règles trop générales excluent les centaines de milliers de citoyens désormais immunisés, qui ne portent plus aucun risque de contamination. La nation doit pouvoir s’appuyer sur des personnes ne portant plus de risque, et aussi sur des personnes qui peuvent admettre un risque très faible une infection au virus.

Le Covibadge

Le Covibadge synthétise la situation sanitaire de son porteur en trois éléments très simples. Une photo authentifie le porteur. L’information est datée.

Dans la version ci-dessous, une photo affichée sur le badge en authentifie le porteur. Un code informatique donne accès à un site de confiance permettant aux personnes autorisées de vérifier l’information affichée.

Badge avec des codes couleurs indiquant l'état sanitaire de celui qui le porte
Le Covibadge et ses éléments expliqué

Une autre version consisterait à ne donner que quelques éléments sur le badge, les éléments d’authentification seraient consultable via le téléphone portable du porteur:

Deux pictogrammes colorés résument l'état sanitaire du porteur

L’état sanitaire présent du porteur

L’information est présentée sous forme de plage colorée carrée.

En l’absence de toute information sanitaire, le carré est « jaune », avec un « S » pour « Sans ». Le porteur est réputé non atteint et non immunisé. Les mesures de distanciation sociale s’appliquent.

Si l’état sanitaire est « rouge », « Porteur », le porteur est réputé porteur actif – même éventuellement asymptomatique – du Covid-19. En principe, de telles personnes devraient être strictement confinées. Mais une personne ressentant de premiers symptômes et se rendant chez un médecin, ou faisant ses courses essentielles, peut ainsi signaler qu’il faut s’éloigner d’elle.

Enfin, une personne ayant pleinement recouvré la santé après un épisode de Covid-19 reconnu par un médecin pourra, au moins 20 jours après les premiers symptômes, porter un état sanitaire « vert », « Immunisé ». Réputé immunisé, le porteur n’est plus susceptible d’attraper le virus ni de contaminer son entourage. Notons immédiatement que l’on ne porte le badge vert que si l’on a porté le rouge antérieurement.

Le risque sanitaire pour le patient associé à son état sanitaire

L’information de risque est représentée sous forme d’un triangle de couleur. Ce triangle qualifie le risque lié au porteur, en relation avec sa situation sanitaire. Le sens général en est le suivant :

  • Vert, 1 : risque plus faible que la population générale.
  • Jaune, 2 : risque standard, pas de particularité par rapport à la population générale.
  • Rouge, 3 : risque plus important que le risque standard.

À l’état sanitaire S (jaune) :

  • Le code risque jaune (2) signifie l’absence d’information. Aucune autorité médicale n’a dit si le porteur présente un risque plus important ou plus faible que la moyenne de la population. Les règles générales de distanciation sociale s’appliquent.
  • Le code risque vert (1) signifie qu’une autorité médicale a signalé l’absence de pathologie susceptible d’aggraver la maladie, voire pathologie particulière (lupus) qui paraît protéger du virus. Ce code signale aussi que le patient est prêt à prendre le risque de se trouver contaminé et d’acquérir ainsi l’immunité à terme. Si le patient tombe malade, on s’attend à ce qu’il évite le passage en hospitalisation.
  • Le code risque rouge (3) signifie au contraire que l’autorité médicale estime que le porteur doit à tout prix éviter une contamination, compte tenu de fragilités sanitaires le concernant ou concernant des personnes avec lesquelles il vit. Cela peut s’appliquer aux personnels en contact fréquents avec des personnes âgées.

Avec le code sanitaire I (vert) :

  • Le code risque jaune (2) signifie que l’immunité est réputée acquise à la suite d’un épisode de maladie, d’un test sérologique, ou demain grâce au vaccin, mais sans autre commentaire sur l’état sanitaire du porteur.
  • Le code risque rouge (3) signifie que le porteur, même guéri, présente toujours des fragilités sanitaires ou des séquelles susceptibles de compromettre sa santé. Ce code suggère une surveillance et des précautions sanitaires plus importantes que pour la population générale.
  • Le code risque vert (1) signifie qu’une analyse médicale complémentaire après guérison confirme la solidité de la santé et de l’immunité du porteur.

Avec le code sanitaire P (rouge) :

  • Le code risque jaune (2) ne donne pas d’information complémentaire. Le risque est standard.
  • Le code risque vert (1), en continuité avec celui obtenu alors que le patient n’était pas encore atteint, indique que l’autorité sanitaire s’attend à une guérison spontanée, sans nécessité d’hospitalisation.
  • Le code risque rouge (3) signale des fragilités justifiant une surveillance médicale étroite et éventuellement le risque de devoir prendre en charge le patient en hôpital.

La fiabilité des informations

Une notation sous forme d’étoiles qualifie le crédit que l’on peut accorder aux couleurs affichées ci-dessus.

  • Aucune étoile : aucun témoignage médical en appui à la situation affichée par le porteur. En principe, ne peuvent être affichés que « jaune, jaune », ou éventuellement « rouge, jaune ».
  • Une étoile est octroyée par avis médical confirmant la situation sanitaire du patient. Par exemple : une étoile pour un examen clinique, une étoile pour un test biologique, même si ce test est ordonné par le médecin ayant fait l’examen clinique.
  • Le maximum est cinq étoiles.

Date d’application

Une date indique le moment où l’évaluation est réputée valable. C’est en principe la date du dernier avis médical justifiant l’entrée dans l’état affiché.

Pour le cas particulier de la vaccination quand elle arrivera, la date indiquée sera celle de l’acquisition de l’immunité, un certain nombre de jours après l’inoculation, à déterminer par les experts médicaux.

Preuves et attestations

Le dispositif visuel est accompagné d’un codage numérique (« QR ») renvoyant à un site web qui donne les éléments de preuve.

Le porteur de Covibadge accède à son dossier, avec pour seules possibilités :

  • L’impression de son badge,
  • La signalisation de symptômes suspects qui fait passer son badge au rouge.

L’accès par des tiers n’est ouvert qu’aux professionnels de santé, aux forces de l’ordre et aux usagers privés responsables de sites accueillant du public, de transport de personnes ou de tout autre activité à risque de contamination. Ces usagers privés sont préalablement identifiés et autorisés. Tous ces usagers sont tenus de n’utiliser les données auxquelles ils accèdent que dans le cadre de leur mission.

L’usager privé responsable de site verra, outre la confirmation du badge du porteur, son identité qu’il peut éventuellement contrôler avec la carte d’identité. Il pourra aussi solliciter ces informations de base en soumettant une liste de personnes susceptibles de participer à un événement potentiellement contaminant. Il lui est interdit de conserver les données traitées plus de trois mois.

En plus des informations de base ci-dessus, les forces de l’ordre pourront consulter les coordonnés des différents professionnels de santé ayant porté un avis.

Le professionnel de santé peut consulter le détail des informations fournies par ses collègues pour le patient qu’il traite.

Initialisation et mises à jour du badge

Un citoyen sans badge est réputé « Sans contamination, Risque 2 (standard), aucune étoile ».

La création du dossier patient peut se faire selon le même principe que Covidom déployé par l’APHP.

  • Le professionnel de santé crée le dossier patient, identifié par sa carte Vitale ou sa carte d’identité, et avec la photo associée.
  • Il inscrit son avis, premier enregistrement du dossier Covibadge du patient, ce qui génère le premier Covibadge.
  • Il est souhaitable que le patient récupère l’accès à son dossier au moment de sa création. A défaut, il donne deux canaux d’accès, par exemple son courrier électronique et son téléphone portable, par lesquels son accès ultérieur sera authentifié.

Avis médicaux

  • Par la suite, tout professionnel de santé peut compléter le dossier, ce qui modifiera éventuellement le Covibadge ; le patient devra l’imprimer à nouveau.
  • En cas de consultation à distance : le patient génère un code d’identification à usage unique qu’il donne à son interlocuteur. Ce code donne à l’interlocuteur professionnel de santé l’accès au dossier.
  • Chaque avis médical est daté.
  • Le médecin peut déclarer un historique, c’est-à-dire notamment indiquer la date à laquelle certains symptômes ont été constatés, quand cette date est antérieure à la consultation. Il peut aussi indiquer une date d’effet ultérieure, pour le vaccin notamment.

Avis du patient

Le patient peut être autorisé à signaler qu’il ressent des symptômes, son état sanitaire passe alors à rouge à la date où il le signale, sans aucune étoile.

Changements d’états automatiques

Les règles de changement d’état sont publiques, le code de cette partie est consultable sur un site reconnu (GitHub par exemple).

  • Tout avis confortant et complétant un même état sanitaire, et qui ne change l’état de risque qu’à partir de l’état jaune, ajoute une étoile.
  • Un avis sanitaire changeant l’état sanitaire, ou changeant l’état de risque (sauf jaune) annule les étoiles. Le nouvel état ne comprend qu’une étoile.
  • Un avis sanitaire rouge avec au moins une étoile donne lieu automatiquement à un état sanitaire vert, avec risque jaune, sans étoile, 20 jours après la date de premiers symptômes enregistrés par une autorité médicale, ou sinon 20 jours après la plus ancienne consultation ouvrant l’état rouge. La date de l’avis est celle à laquelle il passe automatiquement au vert. Une confirmation de passage à l’état immunisé par une autorité médicale est recommandée.

Usages

Les règles de comportement peuvent être différenciées selon l’état sanitaire et l’état de risque des citoyens. Aujourd’hui les règles de confinement s’appliquent uniformément comme si tous les citoyens étaient « jaune, jaune » voire « jaune, rouge ». Dans la réalité les Français ont déjà adapté leurs comportements. Les personnes fragiles (jaune, rouge) sont assignées à résidence chez elles, et de même les personnes « rouge » pour limiter la contamination. D’autres personnes leur assurent les éléments essentiels. Rien d’officiel n’est prévu pour les populations « jaune, vert ». On constate néanmoins que les populations jeunes prennent spontanément plus de risques de contamination. Le déconfinement exigera des comportements de plus en plus différenciés selon les états sanitaires.

L’état sanitaire « immunisé » (vert) n’est aucunement reconnu, malgré son intérêt pour les missions sociales et l’entretien d’une économie de crise sanitaire. Cette population pourrait se trouver aux avant-postes du déconfinement. Des volontaires de cette catégorie pourraient s’identifier pour participer à la lutte contre le Covid-19 si de nouveaux foyers apparaissaient dans les régions aujourd’hui peu touchées, ou sinon pour apporter des services de proximité aux malades. Ils peuvent assurer des missions de service auprès des familles des citoyens en première ligne : personnel de santé, personnel des magasins de première nécessité, transporteur etc. Ils constituent également un possible réservoir de sérum pour les patients chez qui tout autre traitement serait contre-indiqué.

La perspective de se trouver dans le statut sanitaire « vert » doit constituer une incitation pour l’inscription des citoyens au dispositif.

Reprise des informations sur les malades et anciens malades

Les quelques 50 000 convalescents passés par l’hôpital, ainsi que ceux qui y sont actuellement, doivent se faire affecter un badge. Une solution possible est de les créer à partir des informations administratives disponibles lors de l’entrée ou de la sortie de l’hôpital. Il conviendra de prendre des précautions renforcées pour l’attribution de badges aux personnes sorties d’hôpital, afin d’éviter des fraudes dont les conséquences seraient catastrophiques. Pour les patients parisiens, le dispositif Covidom peut être la source des données initiales.

Pour les centaines de milliers de personnes ayant subi un épisode de Covid-19 peu actif, et surtout en l’absence de test, une attestation du médecin traitant qui a pu être consulté même par téléphone, ou une attestation d’appel au 15 à propos du Covid, peuvent constituer une preuve initiale comptant une étoile.

Les patients totalement asymptomatiques devront en revanche attendre les tests sérologiques. On peut toutefois identifier en priorité les enfants dont les parents ont été malades. La présence d’un enfant chez ses parents ayant subi le virus peut constituer une preuve, selon l’appréciation du médecin traitant et sous réserve d’une bonne compréhension de ces questions pour cette maladie encore très nouvelle.

Dans cette optique, les tests de présence du virus, ainsi que les tests sérologiques dont la fiabilité n’est pas encore totalement attestée, seraient considérés comme un simple élément supplémentaire dans le faisceau de présomption sur l’état sanitaire du patient. Il paraît admissible de prendre des mesures de précautions tenant compte de la fiabilité de l’état sanitaire des patients, afin de limiter le risque collectif. Par exemple, les porteurs de badge vert à une seule étoile pourraient, dans le cadre du déconfinement, subir des restrictions que n’auraient pas les porteurs à deux ou trois étoiles.

Protection des données privées

On observera que le dispositif permet à chaque citoyen de n’exposer ses données de santé que dans la mesure du raisonnable, c’est-à-dire en vue d’assurer la sécurité sanitaire et le maintien de notre système de santé. Les éléments détaillés ne sont accessibles qu’aux personnes autorisées par leur fonction : forces de l’ordre, professionnels de santé. Il ne rend pas compte des déplacements du patient.

Il faut prévoir des traitements anonymisés de ces données aux fins d’analyse épidémiologiques et de suivi du déconfinement.

La protection des données personnelles et sanitaires – même très parcellaires – des patients doit être garantie par l’organisme responsable du traitement. L’hébergement des données en France est de nature à induire la confiance des citoyens. Un dispositif de surveillance des procédures d’exploitation, extérieur à l’exploitant, doit être prévu.

Développement et déploiement

Une entreprise de service en systèmes d’information devrait pouvoir développer le prototype opérationnel de ce dispositif en 3 semaines environ. Ce dispositif pourrait faire l’objet d’opérations pilotes régionales, dans des régions ayant été diversement affectées par la pandémie.

Il faudra compter un mois pour une mise en exploitation en vraie grandeur après correction du pilote.

Conclusion

Le Covibadge est de nature à faciliter la lutte contre la pandémie en assurant une meilleure identification des publics et de leurs sensibilités respectives à l’infection virale. Il donne l’occasion aux citoyens de prendre en charge leur part du combat commun en réponse à la crise sanitaire. Il permet une modulation des règles de protection selon le profil sanitaire de chaque citoyen et selon la situation sanitaire locale. Dans l’attente d’un vaccin, il devrait permettre une augmentation contrôlée de la population immunisée, force d’appui dans le retour de la nation à ses activités lors des phases de déconfinement.

Se contentant de délivrer une information synthétique, il ne préjuge pas des protocoles sanitaires, et anticipe l’arrivée de nouveaux tests et même du vaccin.

Sa simplicité garantit sa robustesse, un atout essentiel pour la lutte contre un ennemi mal connu.

Cette proposition a besoin aujourd’hui de critiques constructives. Elle pourrait ensuite donner lieu à un concours pour le développement et la mise en œuvre.

Télécharger la présentation synthétique de Covibadge.

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